Post-Mortem : 1 an plus tard


Cela fait un an que j’ai écris mon article Post Mortem, relatant les raisons de l’arrêt de mon agence. Initialement écrit pour mes proches et quelques curieux, il a contre toute attente eu un accueil chaleureux et plusieurs dizaines de milliers de visites en quelques semaines. Aujourd’hui je vous propose la suite, tout pile un an après !

(Vous pouvez le relire ici Post Mortem : Pourquoi j’ai arrêté mon agence web. Attention, il est long. Je vais essayer de faire plus court aujourd’hui. )

Rappel des faits

Ca aura été une année de folie que je n’ai pas vue passer ! Pleines de projets, de rebondissements et d’aventures.
Pour rappel j’ai arrêté mon agence web (une SARL) avec mes anciens associés afin de pouvoir nous concentrer sur des projets personnels à presque plein temps.

Arrivé à la trentaine, j’étais content de voir mon agence prendre de la valeur malgré tous les obstacles que l’on rencontrait, mais en faisant le bilan je me suis souvenu que ce n’était pas du tout mon objectif de carrière initial : je voulais faire prendre vie à mes idées, les pousser à fond et les bichonner. Et pas bâcler celles des autres tout en jonglant avec des demandes souvent illogiques et avec des budgets complètement irréalistes.

J’ai entendu ça quelque part (approximativement) :

Un entrepreneur ce n’est pas celui qui prend des risques, mais plutôt celui qui a un plan et des assurances.

Ce que j’en avais retenu c’était que je devais prendre le risque de me lancer dans mes rêves les plus fous mais pas sans avoir plan pour assurer mes arrières. Je suis partisan du fait que la créativité et l’épanouissement ne peuvent se déguster pleinement seulement si on retire la dépendance financière.

Voici donc quel était mon plan :

1: Me mettre en Micro Entreprise (moins de charges, plus de RSI, et plafond fixe) 

Le plafond fixe m’allait très bien : quand j’aurais fait mon CA, je ne serais pas tenté de prendre d’autres projets pour l’argent et délaisser mes propres projets encore une fois.

2: Travailler moins pour les clients, avoir plus de temps pour moi

J’aime les jeux vidéo, la randonnée, les voyages. Le but de travailler moins était de me libérer du temps pour mes passions et mes proches. Et faire du sport.

3: Garder seulement mes meilleurs clients

En 7 ans d’agences et avec beaucoup d’huile de coude (et parfois de la chance) on a eu de belles opportunités clients, comme Canal +, M6 et un organisme de formation sur Paris qui me demande souvent d’intervenir.
Le but était de garder ces « tops » clients pour atteindre rapidement mon plafond et passer rapidement à autre chose.

En résumé

Mon auto entreprise ne devrait pas me prendre « tout » mon temps. Mes tops clients paient assez bien pour que je puisse atteindre mon plafond en un temps record (en moyenne 15 semaines par an).

Etant un provincial, un salaire de Micro Entreprise devrait être confortable voir même dépasser mon salaire de travailleur non salarié en SARL.

Et tout le temps libre est pour moi : mes projets, mes passions. J’étais sceptique car le plan semblait trop beau sur le papier.

Un an plus tard, objectifs atteints ?

Alors, est-ce que mon plan s’est bien déroulé ? Je dois plutôt avouer que oui : tout est allé sur des roulettes.

Une fois le plafond atteint, j’ai été contraint de me dire que de toutes manières je ne pouvais pas facturer plus, j’ai pu donc convaincre mon esprit avide de se concentrer sur mes projets.

Travailler moins ? C’est à peu près vrai : je n’ai pas dépassé les 15 semaines de travail pour mes clients, le reste du temps était pour moi. Par contre j’estime ne pas m’être laissé assez de temps pour mes passions (malgré le bel été, je n’ai pas fait beaucoup de randonnées), niveau jeux vidéo, idem. Mais en relativisant j’ai tout de même pu y passer bien plus de temps que les années précédentes.

Mes « tops »  clients ? J’ai du déplorer la perte de M6 : à cause de soucis de gestion en interne, le projet n’a jamais abouti et une nouvelle équipe de direction a pris le relai, changeant au passage les prestataires. Heureusement, je suis souvent sollicité côté Canal + et l’organisme de formations à Paris (afin que j’aille dispenser mes connaissances HTML5 CSS3 JS et WordPress à tout type de clients (Mairie de Paris, SFR…)

Mes anciens associés ? On est toujours en contact, toujours amis. Désormais c’est plus cool. On a tous notre Micro entreprise : Thierry bosse avec moi pour Canal puis avec des start-ups, Fabrice s’est spécialisé dans le Design Sprint et l’accompagnement aux start-ups. On a gardé notre Slack sur lequel on communique beaucoup.

Mon salaire est même meilleur qu’avant (par contre pas sur que ma cotisation retraite et maladie soient très pérennes). Je n’ai plus aucune pression financière, ni pression temporelle (deadlines clients) et je me concentre sur 2 ou 3 projets à la fois maximum (en agence on en gérait parfois 8 en même temps).

De case en case sur l’echiquier

Alors pour remettre les choses dans leur contexte, je vais commencer par dire que je m’estime très chanceux. Au final la possibilité de faire tout ça tient à peu de choses :

Les projets M6, Canal+ on les doit à un développeur que l’on avait rencontré à un Human Talks à Grenoble. Comme quoi, le networking c’est essentiel dans notre métier.
Il fallait aussi qu’on ait une spécialité, en l’occurence spécialistes WordPress depuis plus de 8 ans.
Un jour les gars de chez Canal ont demandé à ce gars (coucou Evangenieur) s’il connaissait des prestataires WordPress bien spécialistes et il nous a recommandés. Après un premier projet réussi (malgré des deadlines serrées et une demande technique), la relation était liée.

D’un autre côté, le patron de l’organisme de formation parisien qui me propose souvent de former en HTML/CSS/JS (entre autres) m’a trouvé sur Google à la 6è page (si vous vous posiez la question, maintenant vous le savez, certains vont plus loin que la page 1) et a bien aimé mon site perso (sur lequel vous êtes actuellement) ainsi que mon profil qui correspondait à ce que je recherchais. J’ai très vite accroché et les 2 patrons/frères de cette boite m’apprécient beaucoup. Depuis je fais pas mal de déplacements sur Paris pour former.

Il y a aussi la communauté WordPress. J’ai eu pas mal de jobs ou propositions pour des collègues, clients. Parfois j’ai pris, parfois j’ai refusé (les deux premiers points ont finalement eu une grosse ampleur dans mon CA).

En définitive ça n’a pas tenu à grand chose, et il aura fallu plus de 7 ans de freelancing + agence pour obtenir ces opportunités qui aujourd’hui façonnent mon développement entreprenarial.

Je n’oublie pas également que je dois rester attentif car il est toujours dangereux de ne tourner qu’avec très peu de clients (on ne sait jamais ce qui peut arriver demain, la preuve avec M6 et Golden Moustache)

Mes projets

Alors du coup qu’est-ce que j’ai bien pu faire de mon temps libre ? A part me plonger dans 40h de GTA V et 40h autres heures de Just Cause 3 (j’ai revendu the Witcher 3, sinon ça allait être carnage).

Xyoos

Tout d’abord j’ai terminé 2015 avec la refonte de Xyoos : cours-informatique-gratuit.fr, le site que j’avais crée en 2008 et pas retouché depuis.
Ce site permet d’apprendre les bases de l’informatique aus débutants, en suivant une pédagogie simple mais bien pensée, idéale pour les jeunes comme pour les séniors (quelqu’un de 90 ans m’a envoyé un mail pour me remercier).
Il est financé par la publicité, mais j’ai egalemené mis en vente l’ebook en mars 2016 pour ceux qui préfèrent avoir le cours hors ligne ou l’imprimer sur papier (pour seulement 7€) J’ai également fait une version « associations » (un peu plus cher, à 35€) pour les centres de formation avec une autorisation de reproduction pour leurs élèves. Les ventes sont au delà de mes attentes et j’en suis très content.
Cet été j’ai pu ajouter de nouvelles sections : le blog, les tutos, l’annuaire des pros…
Cela faisait longtemps que je révais de pouvoir avancer ce site et c’est chose faite.

WPChef

Ensuite, j’ai pu me lancer dans l’aventure WPChef.fr avec Nicolas et Alex de WPMarmite. Nous avons travaillé durant 5 mois d’arrache pied pour créer une formation WordPress en e-learning pour les débutants : 20h de vidéo + exercices corrigés, quiz et conférences. Un travail titanesque où il aura fallut monter en compétences sur pleins de sujets : j’avais jamais été filmé auparavant et l’exercice d’écrire autant de cours s’est avéré bien plus difficile que ce que je pensais.
On est très fier de notre travail mais il y a eu un bémol qu’on avait pas anticipé : nos caractères, expériences et visions divergeaient trop. Nous avons eu du mal à travailler en phase et avons décidé que nous ne ferons pas de prochaine formation ensemble.
Malgré le fait que professionnellement nous avions des divergences, cela ne nous a pas empêché de garder une relation amicale, et ça c’est top. J’ai vu trop d’associés se déchirer au point de ne plus s’adresser la parole. Je suis heureux que ça n’ait pas été le cas pour nous.
Nous continuerons bien sûr à bichonner nos élèves et vendre cette formation, car nous trouvons qu’elle est bien plus aboutie que toutes celles actuellement proposées en France.

Continuer dans l’e-learning et WordPress

Du coup pour finir l’année, je vais continuer dans l’e-learning et WordPress et lancer une formation à destination des développeurs (développement de thème, développement d’extensions)… et d’ici l’année prochaine j’aimerais bosser sur un plugin WordPress premium avec le très talentueux Thomas Deneulin, de WP God.

Communauté WordPress

En parallèle de tout cela, j’ai été invité à aider dans l’organisation du Wordcamp Europe 2017 qui se tiendra à Paris l’année prochaine. Je participe également à un groupe de travail visant à ajouter à l’inventaire les formations WordPress, afin qu’elles soient prises en charge par le CPF (plus d’infos à ce sujet sur GeekPress).

En parlant de GeekPress : mon blog dédié WordPress WP Spread a fusionné avec le blog tenu par Jonathan de WP Rocket. On rédige ensemble, avec Emilie, des articles et tutoriels techniques autour de notre CMS favori.

En conclusion

Tout n’a pas été tout rose mais en général cette année a été bien au delà de mes espérances. J’en suis très content. J’aurais voulu participer à plus de WordCamps (le WordCamp Europe de Vienne, celui de Londres, la Kiwi Party) mais je n’ai pas pris le temps.
J’ai un peu vécu comme un échec la pseudo-fin de WPChef mais avec du recul, c’était la meilleure décision et au final, l’aventure est loin d’être terminée !
J’ai acquis énormément d’expérience cette année grâce à tout ça (bien plus qu’avec les clients). enfin, pour être franc les clients m’ont apporté une belle expérience des erreurs à éviter, alors que cette année m’a apporté énormément sur les bonnes choses à faire.

La difficile rupture avec le RSI

Et je n’allais pas finir sans faire un big up à mon meilleur pote : le RSI. Tellement triste de me voir partir qu’il m’a stalké pendant plus d’un an.
Short story : quand on a clôturé l’entreprise tous les organismes ont bien pris en compte la liquidation (tribunal de commerce, CCI, Urssaf…) sauf le RSI.
Pendant un an j’ai reçu de nombreuses relances, menaces, recommandés et même un huissier, à tord. Je dois avoir 2cm d’épaisseur de ces papiers mais aujourd’hui cette histoire est enfin dernière moi et le RSI a pris ses responsabilités (enfin je crois ! J’espère).

Même si je suis le premier à les pourrir, le RSI a annoncé 23 points d’amélioration cette année, et en effet, je ressens que c’est moins « pourri » qu’avant. Mais il y a encore du boulot. Espérons que le prochain gouvernement y sera attentif dès 2017.

Et demain ?

Pour terminer, ma vision de l’avenir : à terme je souhaite vivre entièrement de mes projets (Xyoos, WPChef, Nouvelle plateforme de formation WP, plugin WP premium).
J’ai pleins d’idées dans mon Trello que j’aimerais tester à terme avec un peu de temps. J’aimerais au maximum automatiser les revenus (pas comme la semaine de 4h mais un peu dans l’idée).

Côté administratif : la micro entreprise ne suffira plus, mais hors de question de retourner au RSI. Je pense garder la micro entreprise pour mes prestations client et créer une SASU (SAS unipersonnelle) pour gérer les revenus de mes projets (pour WPChef on a déjà une SAS). Je pourrais alors me contenter des dividendes afin d’optimiser mes charges.

J’estime aujourd’hui avoir réussi un pari personnel : me prouver que je pouvais réussir à faire quelque chose qui se trouve en dehors de ce que l’on t’apprend depuis ton plus jeune âge, à savoir entrer dans le moule : trouver un boulot, travailler 35h par semaine… (non pas que ce soit mal, du tout, j’avais juste envie de me prouver que ce n’était pas la seule voie).

Je ne vais pas finir avec le cliché de l’entrepreneur en te disant que tout est possible et qu’il faut tout abandonner pour faire comme moi. Chaque histoire est différente. Aurais-je fais la même chose si j’avais des enfants ? Si je n’avais pas eu ces opportunités ? Je ne sais pas.
J’espère simplement que cette histoire pourra t’inspirer à trouver des idées, comme Jonathan de WP Rocket ou encore Camille Roux de Human Coders m’ont inspiré et ouvert les yeux.

Aujourd’hui je suis épanoui, et j’espère qu’au travers de cet article j’ai pu transmettre un peu de ma motivation, et de ma joie.
Si tu as des questions, surtout n’hésites pas, les commentaires sont là. Je serais ravi de partager mon expérience en étant le plus transparent possible. Après tout, l’expérience est faite pour être partagée.

Maxime Bernard-Jacquet

L'auteur

Maxime, 30 ans, Grenoblois.
Entrepreneur, développeur web, formateur. Mon dada c'est WordPress.
En savoir plus


À lire ensuite


11 Commentaires

  1. Laetitia dit :

    Bonjour Maxime,

    Ton article de l’année dernière m’avait interpellée car j’ai eu sensiblement le même cheminement : direction d’une SARL pendant 6 ans avant de la liquider, réalisant que je m’étais éloignée de mes valeurs et que les responsabilités m’écrasaient…
    Depuis deux ans, j’ai le statut de « portée salariée », ce qui me permet de travailler très sereinement avec mes quelques meilleurs clients, de facturer sans limite de plafond et d’avoir en contrepartie le statut de salariée (pas mal pour les cotisations salariales).
    Tu peux bien sûr moduler ton temps et ton énergie comme ça te chante 🙂 Je me suis par exemple organisée pour travailler 4 jours par semaine maximum et avoir un weekend de trois jours sans informatique/web pour me ressourcer en plein air (rando, voyages, trails, etc.), plus quelques semaines off pour faire des formations dans des domaines plus personnels.

    Merci pour tes articles, et ton blog en général. J’en apprécie la qualité d’écriture.
    Je te souhaite une belle continuation après cette première année hors des sentiers battus !

  2. Maxime BERNARD-JACQUET dit :

    Merci pour ton retour ! En effet je n’ai pas creusé la piste du portage mais je serais ravi d’en savoir plus ! Quels sont les pours/contre ? En globalité tu aurais combien de charges en général ?

  3. Bravo Maxime !

    Qui prend le temps de faire des post-mortem aujourd’hui ?! Excellent, beaucoup d’humilité et fraîcheur.

    Trouver un modèle économique à soi et mixer les statuts AE (prestation client) , SASU (récurrent site Web) , Portage (formation) selon les activités, c’est subtilement pensé et je creuse la question également…

    J’ai rencontré depuis peu Fabrice ton ex associé et j’ai été embarqué d’entrée dans le Design Sprint. C’est également toi en septembre dernier qui m’avait très bien orienté côté UX Design /et Product Design pour mon lancement freelance.
    Un immense Merci pour tes billets posts et ta vision d’entrepreneurs.

    Benjamin

  4. Maxime BERNARD-JACQUET dit :

    Merci beaucoup ! Ravi d’avoir pu aider 🙂

  5. Mylène dit :

    Merci beaucoup pour ton billet, pas évident de dire en toute transparence les difficultés qu’on peut rencontrer au quotidien.

    Comme je le disais sur Twitter, je trouve rassurant que tu dises qu’il t’a fallu 7 ans pour arriver à ce rythme-là. Avec la communication très policée qu’on a tous sur le web aujourd’hui, on a tendance à ne voir que des projets qui atteignent le succès en un temps record – en tout cas ils sont présentés comme tels, en esquivant le passage « difficultés » – donc ça fait du bien de voir d’autres sons de cloche. Et des gens qui assument avoir galéré/ s’être trompés avant d’en arriver là où ils sont. En plus, j’ai tendance à penser que les racines n’en sont que plus solides.

    Même si je ne suis pas exactement dans la même optique que toi, je me reconnais dans ton envie de ré-équilibrer ta vie entre travail & perso, malgré les multiples idées & projets en cours. C’est également ce vers quoi je tends, et ta manière de voir le fameux plafond de la micro-entreprise est intéressant. Concrètement, tu étales ce CA/travail sur l’année ou tu bosses vraiment cette quinzaine de semaines d’affilée pour obtenir ton plafond ?

    Bref, merci pour ton billet & bonne journée,

    Mylène

  6. Cyril dit :

    Maxime,
    C’est une belle histoire d’entrepreneur que tu racontes là, un parcours très riche et varié tant dans les structures de sociétés que dans les activités et le modèle économique !
    Ce que je préfère dans ton récit, c’est que tu sois resté humble. Parce que pour un Maxime, je connais personnellement beaucoup de carrières brisées ou abandonnées suite à des éléments hors de leur portée… Donc c’est bien de dresser ce bilan d’activité très positif et d’en mesurer et savourer l’issue ! Bonne continuation !

  7. Salut Maxime, content de lire tout ceci ! Bonne continuation à toi !

  8. Maxime, c’est hyper inspirant. Merci d’avoir partagé en détail ton année !

    Continue à donner vie aux projets dans ton trello !

  9. Maxime BERNARD-JACQUET dit :

    Merci pour vos retours 🙂

    Mylène :
    Du coup non je prend le boulot quand il arrive, mes 2 clients ont besoin de moi un peu n’importe quand donc du coup je m’adapte à eux. J’aurais bien aimé tout torcher d’un coup puis être tranquille mais c’est pas possible.

    Mais en soit c’est pas un fardeau non plus donc ça se vit très bien 🙂

Share This